Je n'écris jamais aux boutiques. Mais mon amie Colette m'a dit : « Raconte-leur, tu aideras peut-être d'autres femmes comme nous. » Alors me voilà, dans mon salon, avec une tisane.
Je vais vous parler de deux robes. Et surtout de ce qu'elles m'ont rendu.
Depuis ma retraite, je m'habille en pantalon. C'est pratique, c'est confortable, et personne ne vous regarde. Dans mon armoire, il y a pourtant une barre entière de robes que je ne mets plus : celle du mariage de ma nièce, celle des Noëls d'autrefois, celle que j'avais portée un soir de bal avec mon mari. Je me disais : à mon âge, une robe, c'est trop. Trop voyant, trop féminin, trop quelque chose.
On ne décide jamais d'arrêter de se faire belle. On dit « à quoi bon » une fois, puis dix fois, et un jour douze ans ont passé.
Le déclic, c'est un samedi. Nous fêtions l'anniversaire de l'une d'entre nous, notre bande de copines du lycée, cinq femmes qui se connaissent depuis plus de cinquante ans. Colette est arrivée dans une longue robe à carreaux, ceinturée, avec un col de chemise. Toute la table s'est tue une seconde, puis nous avons parlé en même temps.
« Où as-tu trouvé ça ? » Elle a ri : « Chez Lucie Maison. Et en ce moment, c'est à prix cassé. »
Le soir même, je suis allée voir la collection Robes Automne-Hiver. J'ai regardé longtemps. Et puis une petite voix m'a dit : pourquoi pas toi ?

Le colis ouvert sur mon lit : Béatrice et Claire.
J'ai choisi deux robes. Béatrice, la robe longue à carreaux, avec son col de chemise, ses manches longues aux poignets boutonnés et sa ceinture réglable. Et Claire, la robe midi à capuche, oversize, en maille douillette, avec des épaules tombantes et un ourlet asymétrique aux bords bruts.
Quand on en prend deux, une remise de 10 % s'applique automatiquement dans le panier. Je n'ai rien eu à faire, et je vous avoue que ça m'a aidée à ne pas hésiter.

Béatrice, un samedi après-midi. J'ai même remis du rouge à lèvres.
Mon mari Gérard lit son journal sans jamais lever les yeux. Ce soir-là, il les a levés. Il a posé son journal sur la table.
« Tu sors ? » — « Non. » — « Alors c'est pour moi ? »
Il a souri comme il souriait au bal de 1981. Je lui ai dit de se taire et je suis retournée dans la cuisine, parce que je ne voulais pas qu'il me voie pleurer un peu.
Une robe ne fait pas rajeunir. Mais elle remet une femme debout, et c'est déjà beaucoup.
Le dimanche, j'ai mis Claire pour aller au marché, avec mes bottines. Ma voisine m'a croisée : « Josiane, c'est nouveau ? Ça vous va drôlement bien ! »
Drôlement bien. J'ai gardé cette phrase toute la semaine.

Claire, un dimanche matin au jardin, avec ma tasse de thé.
Je me suis méfiée, comme vous sans doute. Lucie Maison fête ses 15 ans et propose ces robes à CHF 59.95 au lieu de CHF 199.85. Et la page indique que cette collection est en cours d'arrêt et ne reviendra pas.
Les remises augmentent avec la quantité : 10 % pour deux articles, 15 % pour trois, 20 % pour quatre et 25 % à partir de cinq. La livraison est gratuite en Suisse, en France, en Belgique et au Luxembourg. Et vous avez 30 jours pour retourner un article, les frais de retour restant à votre charge.
Si vous aussi, vous avez une barre de robes au fond de l'armoire, allez la regarder. Vous n'avez pas à les mériter. Vous n'avez pas à attendre une occasion. L'occasion, c'est vous, un mardi matin, avec un miroir.
Et si Colette vous demande où vous avez trouvé votre robe, dites-lui que c'est un secret. Puis dites-lui tout.
Le plus beau cadeau que je me suis fait cette année coûte moins cher qu'un déjeuner pour quatre.
